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L’intelligence artificielle au service de l’emploi

19 mars 2021

 

Depuis 2019, le gouvernement français a mis à disposition de Pôle emploi une enveloppe financière importante pour « installer l’intelligence artificielle comme levier d’accélération au retour à l’emploi durable ». Dans le cadre de la transformation de l’action publique, ce fonds baptisé « Intelligence emploi » a pour ambition d’améliorer l’efficacité de Pôle Emploi et de faciliter les missions des agents. Dans le cadre de ce projet, le Service International de Pôle emploi (Direction Europe et Relations internationales) a lancé en juillet 2020, une consultation des services publics de l’emploi européens afin de disposer d’un panorama d’initiatives en matière d’intelligence artificielle.

 

Cette consultation avait deux objectifs : 

 

•Disposer d’un panorama des initiatives menées par les services publics de l’emploi européens en matière d’intelligence artificielle : impact de l’IA sur leur tissu économique et sur l’emploi, méthode adoptée pour se transformer via l’IA, solutions IA développées, etc.

 

•Recueillir les appétences des différents partenaires afin de définir un potentiel cadre de coopération.

 

 

La consultation a pris la forme d’un questionnaire envoyé à 30 partenaires européens du SPE.

 

Une première analyse des retours de cette enquête fait apparaitre que la plupart des Etats membres de l’UE ont développé des stratégies sur l'utilisation de l'IA dans les SPE. Les travaux sont principalement axés sur l'évolution du marché du travail, le développement de nouvelles compétences et la mise en place d’outils prédictifs. Et, la vision de l’Intelligence Artificielle pour les SPE s’avère particulièrement centrée sur l’aide à la décision.

 

 

Les enseignements émergeants de cette large enquête portent principalement sur 5 domaines :

 

 

1.L’Ethique  fait figure de sujet incontournable pour les différents SPE engagés :

 

 

Une grande majorité des SPE a mené des travaux sur l’éthique, quelle que soit leur avancée et leur maturité sur les sujets IA : pour tous, la définition d’un cadre éthique pour l’IA constitue un prérequis incontournable à l’accomplissement d’une transformation par l’IA.

 

 

Les SPE sont alignés sur le fait que les outils liés à l’IA doivent rester subordonnés à l’humain et permettre un meilleur accompagnement des demandeurs d’emploi.

 

 

2.L’impact RH & la conduite du changement : En termes de ressources humaines, plusieurs tendances se dégagent :

 

 

En matière de métiers, une orientation progressive vers des rôles techniques plus spécialisés : ingénieurs de la plate-forme d'IA, ingénieurs Machine Learning (ML), ingénieurs AI-Backend et architectes AI/ML,etc.,  et le maintien d’un large éventail de compétences : ingénieurs en données, scientifiques en données, experts en apprentissage machine, chefs de projet.

 

Une évolution de la formation des agents / conseillers (voire plus largement) pour intégrer une prise en compte de la valeur de la donnée et les gestes associés.

 

Partout la conduite du changement passe par une acculturation globale de l’organisme à l’IA et un embarquement large des utilisateurs dans la conception des solutions. Les compétences humaines non techniques (« soft skills ») telles que l'empathie, la flexibilité, la créativité et l'élaboration de stratégies sont au cœur du développement de l’intelligence artificielle.

 

 

3.Relations externes & gouvernance : Les autres agences et administrations publiques restent les partenaires privilégiés des SPE :

 

 

Les premiers partenaires des SPE dans le cadre du développement de l’IA correspondent aux autres agences gouvernementales et administrations publiques, de niveau national ou régional selon les pays. Cette collaboration concerne notamment le sujet du partage de données et a vocation à s’accroître. Plusieurs SPE citent également les partenaires du secteur de la recherche, universités et instituts. Les entreprises interviennent principalement en apport d’expertises pour le développement de l’implémentation de l’IA (ex : développement de modèle linguistique). Aucune stratégie ne semble encore formalisée à l’égard des GAFAM qui font plutôt figure de sources d’inspiration. Certains mentionnent le projet de collaborer avec eux comme avec d’autres entreprises privées dans le cadre du partage de données ce qui implique encore, à ce stade, un changement de culture.

 

 

4.La gestion et l’enrichissement des données apparaissent comme des sujets de préoccupation majeurs des différents SPE:

 

 

Pour les différents SPE, la quantité de données utilisable et leur qualité sont fondamentales pour mettre au point des solutions pertinentes. Elles sont mentionnées par plusieurs SPE comme le premier facteur clef de succès d’une transformation par l’IA. Toutefois, les coopérations concrètes de partage de données avec divers partenaires apparaît s’avèrent encore peu nombreuses ou ne concernent que des données non personnelles (données sur le marché du travail par exemple).

 

 

Le respect du règlement général sur la protection des données (RGPD) apparaît pour tous comme un incontournable mais aussi une source de complexité dans le développement de l’utilisation de l’IA, et en particulier dans le partage de données. 

 

 

Le travail de structuration des données prend de plus en plus d’importance avec un besoin accru de compétences d’architectes.

 

 

5.Solutions IA & résultats obtenus : Les apports de l’IA sont considérés comme prometteurs bien que les résultats soient encore peu mesurés de manière quantitative

 

 

Les SPE ayant entrepris des travaux en matière d’IA développent globalement des solutions IA ayant pour objet d’améliorer la connaissance du marché de l’emploi, de réaliser des diagnostics et prédire les publics à risque, et de rapprocher offres et demandes. 

 

 

À date, les résultats qui semblent encore peu mesurés de manière quantitative, et pas de manière concaténée.

 

 

 

 

LES PROCHAINES ÉTAPES : 

 

 

Le SPE français, Pôle emploi, lancera prochainement des bilatérales avec d’autres SPE européens particulièrement volontaires ou mobilisés dans cette démarche ou sur des thématiques spécifiques, comme par exemple l’éthique, l’ontologie pour le marché du travail, la gestion des données, …

 

 

Il se propose d’élargir aujourd’hui le benchmark à d’autres SPE sur les autres continent (Asie-Océanie, Afrique, Amérique,) et lancera des échanges avec les organisations internationales ( OIT,  AMSEP, UNESCO, Forum Economique Mondial, OCDE,…).

 

 

 

 

Votre contact :

 

Thierry TOURBE

Chargé de relations et actions internationales

Direction Europe et Relations internationales

Direction Générale de Pôle emploi

thierry.tourbe@pole-emploi.fr

 

 

 

Commentaire

Bravo pour ce bel article Thierry. Impatient d'avoir aussi un état de l'art des pratiques des SPE d'autres continents.